lundi 9 juin 2014

H... comme Hautemayou ou l'étrange épitaphe du cimetière de Saint-Simon...

Un millier d'habitants en plein milieu du Cantal, arrondissement d'Aurillac. Un petit cimetière écrasé de chaleur.


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Que d'années de recherches et de chance il a fallu pour arriver en ce lieu.

L'homme que cette tombe renferme fait sans doute partie de la famille de ma compagne. Je dis sans doute... vous allez comprendre pourquoi.

Sa grand-mère Paulette, née Prémont est née hors mariage le 31 mai 1913 à la maternité Beaudelocques dans le XIVe arrondissement de Paris. Mais sa famille maternelle est originaire de Haute-Saône. Sa mère, Lucienne Delphine Prémont est née le 9 novembre 1890 à Bourguignon-lès-Morey. Et décède le 2 décembre 1916 à l'hôpital Saint-Jacques dans le XIVe arrondissement, lieu même où elle travaillait comme fille de salle. Elle meurt de tuberculose et laisse une petite fille de trois ans.

Lucienne Delphine Prémont
La voici avec ses collègues de l'hôpital Cochin :

Lucienne Delphine Prémont (2e à partir de la droite)
Quid du père ? la question est restée longtemps en suspend.
Ne restait d'elle que ces deux photos et un portrait au fusain signé Malherbe, la représentant assise et pensive, daté de 1916, l'année de sa mort. Pas de doute, Elle ressemble bien aux photos. Et puis, il y avait la tradition familiale qui disait que le père de Paulette était mort à la guerre de 14 et que le couple n'avait pu se marier.


Ce n'est que bien des années plus tard, après la mort de Paulette qu'une photo a livré son secret. Il fallait juste la retourner et lire ce qui était écrit au dos : "Papa Hautemayou".


Branle-bas de combat ! Les recherches allaient enfin pouvoir reprendre d'autant que, sur la photo de groupe, l'homme surmonté d'une croix portait bien un uniforme de la Première Guerre mondiale.

Mais des Hautemayou mort pour la France durant la Grande Guerre, il y en avait quatre : Géraud, Jean-Pierre, Jules et Noël. Trois était né dans le Cantal et un à Paris. Un rapide coup d’œil sur la généalogie des trois premiers a permis de les écarter : ils n'avaient jamais mis les pieds dans la capitale.

C'était donc le parisien né le 2 avril 1895 dans le XIVe, cinq ans plus jeune que Lucienne. Le jeune homme est né de Jeanne Landes et... de père inconnu. L'enfant sera légitimé par mariage et prendra le nom du mari de sa mère : Hautemayou. Mais voilà, sa fiche de Mort pour la France mentionne qu'il est décédé le 2 septembre 1916 à l'hôpital 103 d'Amiens dans la Somme. Il est touché par une balle durant la bataille de la Somme et la reprise du village de Cléry-sur-Somme. Blessé, il décède dans cet hôpital. Là s'arrête l'histoire de Jules Hautemayou. Enfin, pas tout à fait, sa fiche matricule permet d'en savoir plus, le seconde classe du 2e Régiment mixte de Zouaves et Tirailleurs qu'il est avait, quelques mois plus tôt, été dégradé. Pourquoi ? Nul ne le sait.

Ma compagne décide donc de se lancer sur ses traces. D'abord enterré dans la nécropole nationale d'Amiens Saint-Pierre, sa famille avait décidé de le rapatrier dans la tombe familiale. Rapidement, le petit village de Saint-Simon fait surface, c'était celui de sa mère. Quelques coups de fil plus tard au hasard dans l'annuaire de la localité, nous fait trouver les bonnes personnes. L'histoire est là, il n'y a plus qu'à en dérouler le fil.

On y apprend que sa mère est morte dans les années 1960 et qu'elle avait fait le déplacement jusque dans l'Est pour récupérer sa petite-fille. En effet, les parents de Lucienne Prémont étaient, à cette époque, basé à Fouvent (70). Mais Jeanne, la grand-mère du Cantal trouva en face d'elle Marie-Berthe, la grand-mère de Haute-Saône. Deux forts caractères. La grand-mère du Cantal s'en retourna bredouille et les liens furent coupés.

Mais Jeanne n'avait pas dit son dernier mot. En 1921, elle fit rapatrier le corps de son fils dans le Cantal où elle s'était retirée. L'histoire dit qu'elle fit ouvrir le cercueil et préleva une dent sur le cadavre. Une relique qu'elle conserva sur elle tout le reste de sa vie...

Mais ce n'est pas tout. Sur la tombe de Saint-Simon, plusieurs plaques rappelle la mémoire de Jules. Elle mentionne son régiment et la date de son décès. Mais le prénom qui y est gravé est : Marcel !

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Et sur une autre plaque ornée de la croix de guerre et de la médaille militaire, médailles qu'il n'a pas obtenues, est apposée une plaque de porcelaine autrefois ornée d'une photo. Un texte émouvant et tout à fait étonnant aussi, qui en dit long sur le caractère de la dame. Un texte qui dit que chaque jour, elle pense à son fils chéri... "martyr des capitalistes" !


5 commentaires:

Marine Pommereau a dit…

Quelle belle histoire ! Et quelle enquête !

Marine Pommereau a dit…

Quelle belle histoire ! Et quelle enquête !

leblogdelisabeth a dit…

Passionnant et un bel exemple de persévérance !

M'zelle Tinou a dit…

Très beau et un autre fil de l'histoire à dérouler...

AM Jamais a dit…

Quel généalogiste ne rêve pas un jour ou l'autre de se transformer en Sherlock Holmes pour résoudre les énigmes posées par les ancêtres ! Bravo pour l'enquête.