Oujda, Vesoul et Kiev, le parcours étonnant d'une carte-postale

Elle aurait pu être détruite mille fois. Être mise à la poubelle. Partir en fumée dans un incendie. Subir un dégât des eaux. Servir de marque page. Être déchirée, pliée, découpée, griffonnée...

Une carte postale est faite pour voyager. Certes. Pourtant, son avenir n’était pas rayonnant quand, un jour de mars 1923, une fois remise à la poste, dument timbrée et tamponnée, elle est partie vivre sa vie dans son sac postal en toile de jute.

Un intrigant message

"Greetings ! Tell me, did your relative Edmond, by any chance, fight or stay in Morocco in 1923 ?" Mon interlocuteur, que je ne connaissais pas, via un message sur le site Généanet, me demandait si Edmond, mon parent, se battait ou vivait au Maroc en 1923 ?

La question m'a surprise dans un premier temps. Je n'ai pas beaucoup d'Edmond dans ma famille. Celui-ci, c'est Edmond Frédéric Rigoulot, mon arrière-grand-père. Par chance, je l'ai connu ainsi que son épouse, mon arrière-grand-mère, Fanny née Zuber. Un maison sympathique à quelques centaines de mètres de la mienne.

Effectivement en 1923, il résidait bien au Maroc. Edmond Rigoulot, né en 1892 à Étupes, alors petit village du Doubs, a eu une vie d'aventures, durant laquelle il aurait pu mourir des dizaines de fois. J'avais écrit un billet sur ce blog dans lequel je racontais son histoire.

Edmond vivait-il au Maroc en 1923 ? 

Ami et camarade d'école du caporal Jules André Peugeot, né lui aussi à Étupes et qui sera le premier mort français de la Grande Guerre, il effectue son service militaire dans le Génie. Après s'être couvert de gloire lors de la Grande Guerre (croix de guerre avec cinq citations), Edmond Rigoulot est démobilisé le 28 juillet 1919. En août, il épouse à Étupes, Fanny Zuber, née en Suisse et en septembre, le couple réside 1 rue du Pelvoux à Casablanca. Une artère située dans le quartier du Maârif et aujourd'hui dénommée rue Ennahas Nahoui.

La fiche matricule d'Edmond mentionne que le 13 avril 1920, le couple loge dans le quartier de l'Oasis, toujours à Casablanca, qui jouxte le Maârif. C'est à cette adresse que naît, le 3 juillet 1920, leur premier enfant, Émile Henri, qui mourra en bas-âge. Le 18 octobre 1920, c'est rue Mogador à Safi, une ville au sud de Casablanca et d'El Jadida qu'ils habitent.

Enfin, le 5 juillet 1921, Edmond et Fanny vivent dans une maison de la Petite piste de Bouskoura à Casablanca. S'ils habitent à cette adresse, mon grand-père Henri Émile, né le 27 octobre 1922, verra le jour à l'hôpital civil de Casablanca. La liste s'arrête là, mais par la suite, ils se fixe rue des Pyrénées à Casablanca aujourd'hui rue Abdellah Rajai.

A l'hôpital militaire d'Oujda 

Après avoir demandé à mon interlocuteur la raison de sa question, il m'a répondu qu'il était en possession d'une carte postale signée d'Edmond. Nouvelle surprise. Dans la foulée, il m'a envoyé un scan recto-verso de ladite carte. 

Sur l'image, on voit des dromadaires menés par des bédouins dans les dunes du désert. De l'autre côté, l'écriture est bien celle d'Edmond. Un cachet du Service de Santé militaire orne le coin supérieur gauche et l'adresse de l'expéditeur est : "E. Rigoulot, hôpital militaire d'Oudjda Maroc". Oudjda, c'est l'orthographe d'Oujda ) l'époque.

 

L'hôpital militaire d'Oujda.
 

Mon arrière-grand-père, qui concevait des barrages sur les oueds marocains et qui fut décoré du Ouissam Alaouite, la Légion d'honneur marocaine, pour ce travail, se rendait souvent sur les chantiers de construction.

Est-ce là qu'il tombât malade ? Peut-être. 

Au sortir de la Grande Guerre, Edmond avait été affecté dans la réserve du 31e Bataillon du Génie. Il est possible qu'il effectuait une période au sein de ce bataillon. 

"Dans la seule année de 1923, le 31e bataillon du Génie, créé en 1920 (commandant Heinrich), réalise, avec l’aide d’auxiliaires militaires et civils, trente-quatre postes, cent quatre blockhaus, trente-quatre tours de garde au long des itinéraires, 260 kilomètres de pistes pour camions automobiles, et 225 kilomètres de pistes muletières en zones montagneuses", écrit le général de Corps d'Armée Pinson en dans son article : Le Génie créateur de l'infrastructure d'Outre-Mer, publié dans la Revue historique des Armées de 1966, (pp. 83-102).

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