En mai 1914, plus de trente ans après sa mort, la revue L'Illusionniste, publie un long article sur Chrétien Jean-Baptiste de Linski. Patronyme orthographié de Linsky.
Pour illustrer le papier en première page, une très belle photo de lui est publiée. On y voit dépasser de son gilet et de ses mains des ficelles étranges qui sont peut-être des tours de magie.
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| Jean-Baptiste de Linski. Photo améliorée grâce à l'IA et tirée de la revue L'Illusionniste de mai 1914. |
J.C., l'auteur de l'article, explique ensuite, et c'est vrai, qu'il est né à Miller, une ville du Missouri au centre-est des USA, et ajoute qu'il est issu "d'une noble famille polonaise qui le destinait à une carrière diplomatique".
Noble ? Peut-être pas. Magicien ? Sûrement !
C'est là que l'histoire devient trop belle pour être vraie... Le nom pourrait effectivement laisser penser qu'il est un rejeton d'une lignée aristocratique polonaise, mais...
Louis, le père de notre Jean-Baptiste, est né à Stettin vers 1800. La ville, située actuellement à l'extrême nord-ouest de la Pologne, était prussienne à sa naissance. Il mourra en 1857, à 57 ans, à Lyon où il exerçait la profession de... mécanicien.
Et rien ne laisse supposer qu'il soit issu de la noblesse, la particule "de" n'existant pas pour celle-ci en Pologne et même si la terminaison ski du patronyme peut le laisser supposer.
Disons-le tout de suite, Louis de Linski est aussi magicien. En fait physicien, comme l'on disait à l'époque. Les physiciens utilisaient des phénomènes physiques pour créer leurs tours de magie.
Le terme mécanicien laisse supposer, lui, qu'il utilisait des mécanismes de sa fabrication pour créer les illusions qu'il présentait au public.
La fin tragique de la belle assistante et mère de Jean-Baptiste
Jean-Baptiste est né en 1826, sans doute lors d'une tournée aux États-Unis. Ses parents se sont mariés en 1825 à Copenhague au Danemark, pays dont est originaire la mariée, Émilie Christiane Möller, née en 1806. Émilie comme sa petite-fille mariée à Hippolyte Alsace...
Outre Jean-Baptiste, le couple a un second enfant : Frédéric Henri né en 1827 et décédé deux ans plus tard, le 2 novembre 1829 à Arnstatd. La date et le lieu ont leur importance, puisque sa mère meurt dix jours plus tard, le 12 novembre 1829 à Arnsatdt en Thuringe, au centre de l'actuel Allemagne.
Une mort tragique qui a lieu devant la cour princière venue assister à la représentation ! En effet, depuis la fin du XVIIe siècle, Arsnstadt fait partir de la principauté de Schwarzbourg-Sondershausen. Présents à cette représentation, il y a le prince Gonthier-Frédéric-Charles Ier, son épouse Caroline et ses descendants dont celui qui deviendra le prince Gonthier-Charles-Frédéric II.
Le 11 novembre 1829, le Nouveau bulletin de la Dordogne du novembre 1829 écrit :
"Pour dernier tour, son épouse, très jolie personnes, devait essuyer le feu de quatre militaires. Qu'on se figure la consternation des spectateurs lorsqu'ils virent cette infortunée tomber frappée d'un coup mortel."
Elle décédera des suites des es blessures, le lendemain.
Le Journal du commerce de la ville de Lyon et du département du Rhône du 29 novembre 1829 donne une explication tiré des colonnes de La Gazette de Lausanne.
"Son mari (...) avait exercé des soldats à charger leurs fusils de manière qu'en déchirant leurs cartouches à balle qui devaient être montrées au public, ils retinssent les balles dans leur bouche; mais un d'eux, soit maladresse ou distraction, déchira la cartouche du mauvais côté, de sorte que la balle, ayant coulé dans le canon du fusil, vint frapper au bas-ventre l'infortunée Mme Linski".
Magiciens de père en fils
En fait, père et fils sont des artistes et se sont produit ensemble, au début de la carrière de Jean-Baptiste, sur les scènes européennes et mondiales.
Ainsi, dans le Journal de Calais du 19 décembre 1855 (Jean-Baptiste n'a pas 30 ans), on lit :
"Nous pouvons annoncer d'une manière certaine à nos concitoyens que MM. de Linski, père et fils, prestidigitateurs et physiciens célèbres, se proposent de venir donner des soirées dans notre salle de spectacle."
Et plus loin : "On cite d'eux, des tours vraiment magiques".
Des tours exceptionnels
Les tours de son père, qui s'est associé en 1849 à Louis Keller et en 1851 à Alexandre Devaux, semble du plus bel effet. Dans Le Journal pour rire du 13 février 1852, on rapporte que :
"Outre quatre bassins remplis d'eau et de poissons vivants, l'adroit enchanteur produit six bassins de feu de toutes les couleurs, puis un punch monstre, que les amateurs trouvent excellent" !
Dans le Journal du Cher du 6 décembre 1845, on est plus qu'enthousiaste :
"C'étaient des multiplications et des soustraction merveilleuses de petits cochons-d'Inde (...) des pièces de cinq fr. dansant des Polka sans nom; des objets de toute espèce et de toute grosseur, traversant les airs d'une manière parfaitement occulte (...)".
Des tours qui nécessitaient un matériel de grande précision et qui devait mettre les spectateurs dans l'ambiance :
On y voit les bassins avec les poissons, les pots à feu et au centre, un arlequin mécanique qui sortait seul de sa boîte, fumait un cigare, évoluait, et retournait dans sa cage quand on lui demandait.
On ne sait s'il s'agit de Jean-Baptiste ou de Louis, mais La Semaine encyclopédique de la presse périodique du 13 février 1852 mentionne l'escamotage d'un enfant particulièrement turbulent :
"Soudain (...) plus de colère, plus de tapage, plus d'enfant ! (...) Et comme il commençait le tour des poissons, il dit : "Celui-ci, dit-il est un poisson plus curieux, inconnu dans les fleuves et les mers d'Europe; puis laissant tomber le châle qui le couvrait, il en fit sortir l'enfant qui alla, riant et sautant, se jeter dans les bras maternels".
"J'ai vu Napoléon !"
Le Courrier du Midi du 8 juillet 1843 se fait dithyrambique :
"Un jour, vous pourrez dire à vos neveux avec un secret orgueil : moi, qui vous parle, j'ai vu cela ! comme on dit aujourd’hui, j'ai vu Napoléon ! j'ai vu la grande armée ! j'ai assisté aux journées de juillet !"
Des tours hérités de son père, Onofrius de Linski, le grand-père de Jean-Baptiste. Dont nous parlerons dans un prochain billet...


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