vendredi 19 juin 2015

Q comme... Trois Quartes de mouture pour les pauvres

La quarte est une unité de mesure.

Durant l'Ancien Régime, Le Pays de Montbéliard n'est pas français mais rattaché aux possessions des Würtemberg outre-Rhin. Etupes, donc, siège d'un château magnifique depuis 1771, utilise divers unités de mesures dont la quarte qui représente un volume de grains.

Une quarte est égale à deux coupots, le coupot étant équivalent à huit coupes... Bref, la quarte équivaut à 27,2 litres (In Etupes, monographie d'un village de l'ancien Comté de Montbéliard, par Michel Wittig, 1994).

C'est en fouillant aux Archives Départementales du Doubs que j'ai découvert la mention de cette mesure dans le testament de mon ancêtre Jean Georges Doriot (sosa 1792), né à Blamont vers 1705 et mort à Etupes le 22 janvier 1782.

Meunier de son état, il habitait une maison de l'actuelle rue des Prés qui existe toujours. Sur le linteau de porte sont gravées trois lettres et une date : IGD 1742 (Jean Georges Doriot - 1742). La voici sur la gauche :



Son testament date du 16 janvier 1782, six jours avant son décès.

Dans cette maison se rendent à cette date huit personnes : Frédéric Charles Bouthenot, avocat et bourgeois de Montbéliard (Jean Georges Doriot est bourgeois de Blamont et d'Etupes), Daniel Koelig, maire à Etupes (de 1778 à 1794), Joseph Chenot, Jean-Georges Peugeot, Pierre Bourgogne, Jean-Pierre Pechin, Léopold Marthe de Bavans et Georges Contejean, régent d'école à Etupes et originaire de Bethoncourt (de 1780 à 1785).

Ils écrivent : "l'avons trouvé dans sa maison dite la neuve maison où il a sa résidence actuelle même, dans sa chambre établie dans la partie septentrionale de cette maison prenant jour au levant", c'est précis ! Plus important, ils l'ont trouvé : "jouissant de tout son bon sens et jugement quoiqu'un peu indisposé (il a pas loin de 77 ans)".

L'entretien commence : Il nous " avois déclaré et nuncupé (dicté par le testataire) de vive voix ses dites intentions de la manière suivante".

Jean Georges Doriot détaille tous ses enfants (il en a dix), et partage tout en parts égales. Mais avant cela, la première clause est celle-ci : "Il nous a déclaré qu'il vouloit, qu'après son décès, il soit distribué aux pauvres dudit Etupes, au devant de sa maison, trois quartes de mouture qui seront réduites en pain". Soit 81,6 litres ce qui donne environ 50 kg de farine complète...

Voici la clause dans la minute du 31 janvier 1782 :


Un soucis bien chrétien, mais visiblement sans arrières-pensées de salut puisqu'en bon protestant, il ne pouvait faire son salut par les œuvres.

Gageons que cette dernière volonté, inscrite dans son testament a été respectée.

En tout cas, tous ont signé ses déclarations, y compris lui. La signature est rendue difficile par son état de santé. Émouvant aussi de savoir que moins d'une semaine après, il passait de vie à trépas...





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